Géocaching et protection des chauves-souris : pensez à désactiver certaines de vos caches en hiver !

L’hiver arrive et voici le moment pour les chauves-souris de prendre un repos bien mérité dans les grottes, fortifications et autres lieux abandonnés. Peut-être d’ailleurs partagent-elles un emplacement avec l’une de vos caches ? Peut-être allez-vous en croiser lors d’une sortie géocaching ? Mais il est désormais grand temps de leur laisser la place jusqu’au printemps. Pourquoi, comment et quelle est la position de Groundspeak ? Que vous soyez poseur ou trouveur, venez en apprendre un peu plus sur ces espèces fascinantes, mais fragiles. De votre connaissance viendra certainement leur survie.

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L’objet de notre attention du jour et pour les quelques mois à venir

Si vous géocachez de temps en temps dans des cavités ou des bâtiments abandonnés, vous les croisez certainement régulièrement. Source d’angoisse ou d’émerveillement, ce sont les chauves-souris ! À la belle saison, elles viennent se reposer dans leurs abris hors de leur période de chasse, mais l’hiver elle y passe l’intégralité de leur temps et il est très important de respecter ce sanctuaire si l’on veut qu’elles survivent à cette période critique. Je vais essayer de vous expliquer ici pourquoi et comment.

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Tranquillement installée dans une grotte

 

Les chauves-souris, des espèces protégées ! Mais qui sont-elles ?

En France métropolitaine, les chauves-souris ce sont une trentaine d’espèces pour une dizaine de genres. Pipistrelles, Rhinolophes, Murins, Sérotines ou Noctules, voilà des noms qui vous sont peut-être familiers. Si ce n’est pas le cas, sachez que ce sont des groupes comportant chacun plusieurs espèces de ces chiroptères.

Qui roptère ? Les chiroptères c’est l’ordre (un regroupement d’espèces) fascinant qui regroupe les seuls mammifères volants. Et contrairement à leur nom, elles n’ont rien à voir avec les souris, si ce n’est la ressemblance morphologique. Mais pourquoi donc chauve ? En fait à l’origine, c’était « chouette-souris » (cawa-sorix en grec… oui, oui, je parle couramment grec :p). Le terme « chouette » (cawa) est là en rapport avec la vie nocturne, mais « cawa » est devenu « calva », par déformation, ce qui veut dire « chauve ». La chauve-souris n’est donc plus chouette, mais chauve. Et tant que l’on est dans la page culturelle, chiroptère vient de « cheiro », la main et « pter », l’aile. Donc les chouettes-souris volent avec les mains.

Toutes les espèces de chauves-souris sont des espèces protégées par l’arrêté du 17 avril 1981 et du 23 avril 2007. Celui-ci précise qu’il est interdit de les détruire, de les capturer, de les mutiler, de dégrader ou d’altérer leur milieu et bien sûr des les perturber intentionnellement.

Donc au-delà de protéger leur intégrité physique, la loi vous demande également de protéger leur quiétude et leur habitat. Il va donc sans dire que lorsque vous les croiser : ne les éclairez pas, ne faites pas de photo au flash, ne faites pas de bruit, contournez-les autant que possible… en gros laissez les tranquilles. À la belle saison, vous allez les déranger, mais en hiver vous risquez de les tuer.

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Une grille de protection pour les chauves-souris

Comprendre le cycle de vie annuel d’une chauve-souris

L’année d’une chauve-souris se déroule en 4 phases :

  • De mars à mai : la phase de transit.  Le printemps arrive, et avec lui des températures plus clémentes permettant à la vie de se réveiller. Les chauves-souris peuvent ainsi sortir de leur hibernation et de leur gîte d’hiver pour aller se nourrir. À ce stade, elles ont perdu à peu près un tiers de leur poids et il leur faut donc se nourrir. C’est donc une période de chasse intense pour reprendre les grammes perdus pendant l’hiver. C’est également le moment des changements d’habitat. Même si quelques espèces vont faire de grandes distances, la plupart des espèces sont sédentaires et ne parcourront que quelques dizaines de kilomètres. Les gîtes choisis à ce moment-là seront variés et seront en général chauds et sombres. C’est également la période de gestation.

 

  • De mai à septembre : la période estivale. C’est la période des naissances. Ici, les femelles vont rechercher des crèches, c’est à dire des lieux très chauds (autour de 40°C), calmes et sombres. Ces lieux leur permettent d’élever les petits. Pendant quelques semaines ceux-ci vont s’accrocher au ventre de leur mère,  qui continuera à chasser. C’est donc le moment de faire disparaître une première idée reçue : la pullulation des chiroptères. Contrairement aux souris, dont elles partagent une partie du nom, les chauves-souris ne se multiplient pas à outrance. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles sont protégées, puisqu’elles ne donnent naissance qu’à un voire deux petits par année.

 

  • De septembre à novembre : la phase de transit. C’est également une phase d’accouplement. Ceux qui auront suivi vont certainement se poser une question sur la chronologie de la reproduction des chauves-souris : la gestation a lieu au printemps, et l’accouplement en automne. Et en hiver ? Et bien en hiver c’est la diapause, c’est-à-dire une période de pause du développement, qui attendra le retour des beaux jours pour reprendre. L’automne est aussi une phase importante où les chauves-souris vont faire des réserves énergétiques pour pouvoir passer l’hiver. C’est enfin la saison où elles vont faire le trajet inverse du printemps, à savoir regagner les gîtes d’hiver.
  • De novembre à mars : l’hibernation. C’est la période qui nous intéresse au plus haut point pour nous géocacheurs, car c’est la période où il faudra prendre le plus soin d’elles. Cette période commence quand la température passe en dessous des 10°C.
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Le cycle de vie. Source : site de la LPO

 

Des animaux très fragiles lors de l’hibernation

Pourquoi ? L’hiver, les sources de nourritures se faisant rares, les chauves-souris hibernent pour passer cette saison de disette. L’hibernation c’est une période de vie avec un passage du métabolisme en mode extrêmement ralenti, afin d’utiliser le minimum de ressource. Le but est de pouvoir passer l’hiver sur les seules réserves constituées à la fin de l’été et à l’automne. Par exemple, elles passent d’une fréquence cardiaque d’environ 400 pulsations par minutes à une quinzaine. De même, elles peuvent faire de très longues pauses respiratoires pouvant atteindre la demi-heure et leur température va beaucoup baisser. Évidemment, elles sont complètement léthargiques et ne bougeront que quelques fois au cours de l’hiver si la température ou l’hygrométrie de leur habitat devait changer. Et si vous demandez quelle est la quantité d’énergie nécessaire pour rester accrocher la tête en bas, eh bien, rassurez-vous, elle est nulle, car leurs pattes leur permettent de rester accrocher sans effort.

Où ? L’hiver, les chauves-souris cherchent des abris à la température basse, mais hors gel et ayant un taux d’humidité élevé. Elles vont donc apprécier les caves, les greniers non aménagés, les creux des arbres. Mais en ce qui nous concerne, en tant que géocacheurs, elles vont également beaucoup apprécier les anciens ouvrages militaires, les grottes et autres anciennes mines ou carrières.

Quand ? En gros de novembre à mars, mais cela peut varier selon les conditions climatiques.

Que ne faut-il pas faire et pourquoi ? Si vous faites du bruit, les éclairez ou passez à côté d’elle, vous allez les obliger à se réveiller pour aller chercher un autre lieu de repos. Pour ce faire, elles vont devoir sortir de leur léthargie et consommer beaucoup d’une énergie qui leur est extrêmement précieuse pour passer l’hiver. Et il est fortement probable qu’après plusieurs réveils, elles ne puissent justement pas passer ce cap difficile. C’est donc leur mort que vous provoquez par votre passage ou celui des géocacheurs qui passeront sur vos caches.

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Bientôt l’heure de l’hibernation

Géocaching et protection des chauves-souris : que faire ?

En tant que géocacheur, il y a des chances que vous soyez amoureux de la nature et en tant que citoyen vous devez vous respecter les lois sur la protection des chauves-souris. Vous devez donc tout mettre en oeuvre pour protéger les chauves-souris et la première action, en tant que possesseur d’une cache où des chauves-souris peuvent hiberner, est de désactiver votre cache de novembre à mars.

Mais d’une manière générale, avant de poser une cache, demandez-vous si des espèces fragiles et menacées vivent ici. Une géocache vaut-elle le risque de sacrifier les animaux ou plantes qui habitent là ? Car, outre les chauves-souris, il ne faudrait pas qu’une boite en plastique vienne menacer l’existence de certains oiseaux, amphibiens, ou orchidées, par exemple. Vous trouverez la liste des espèces menacées en France sur le site de l’UICN.

N’hésitez pas à demander aux différentes associations en charge de la protection des animaux, si vous avez un doute. Par exemple, pour les chauves-souris, vous trouverez des associations qui connaissent bien le terrain et les différents lieux d’hibernation dans toutes les régions.

Si vous allez sur une cache où vous vous rendez-compte que des chauves-souris hibernent, faites demi-tour et signaler leur présence à l’owner de la cache afin que celui-ci fasse le nécessaire pour leur protection.

Pour l’owner, il est possible de poser une cache de façon de saisonnière, si les conditions le nécessitent. C’est ce que va nous expliquer le reviewer Konaitusa.

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Quelle est la position de Groundspeak et qu’elles sont les recommandations ?

Comme d’habitude, c’est toujours le bon sens du poseur qui doit s’appliquer, donc toujours éviter de placer une boîte à un endroit où la faune et/ou la flore sont fragiles et ainsi éviter que les visites successives des trouveurs ne viennent les dégrader.

Il faut aussi bien entendu se conformer aux réglementations locales (certaines grottes en Ardèche ont interdites d’accès durant la période hivernale par arrêté préfectoral).

S’il y a une désactivation durant la période hivernale : mettre l’attribut qui va bien (seasonal access only) et bien indiquer le pourquoi de la désactivation par le biais d’une write note sur la page de la cache.

Les guidelines indiquent d’ailleurs: Ne nuisez pas à la vie végétale ou animale lorsque vous placez votre cache. Ne placez pas de caches dans un endroit qui requiert ou encourage les géocacheurs à nuire à la vie végétale ou animale. Dans certains secteurs, l’activité de géocaching peut nécessiter d’être arrêtée durant une partie de l’année en raison de la sensibilité de certaines espèces.

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Une chauve-souris qui ne craint pas l’hiver

 

Apprenez à aimer les chauves-souris

Parfois, les chauves-souris font peur ou dégoûtent. Entre croyances populaires et imagerie de film d’épouvante, les chiroptères traînent derrière elles une réputation dure à porter, qu’elles ne méritent pourtant pas. Et comme je suis persuadé que l’on ne protège bien que ce que l’on connait bien, laissez-moi vous faire aimer ces animaux fascinants et utiles.

Des animaux utiles : dans nos régions d’Europe, ce sont des insecticides naturels particulièrement performants. Laissez quelques individus nicher dans votre grenier et vous ne devriez pas être embêté par les moustiques. Dans d’autres contrées du monde, elles ont fonctions de pollinisatrices et dispersent les graines. De plus, dans certains pays, leur guano est très prisé pour fertiliser la terre.

Des animaux inoffensifs : Oubliez l’idée reçue de la chauve-souris qui vient se prendre dans vos cheveux : elles ont un système d’écholocalisation très performant qui permettra de vous éviter, vous et votre masse capillaire, même dans le noir complet. Oubliez également, en Europe, le mythe de la chauve-souris vampire. Les trois seules espèces hématophages vivent en Amérique du Sud et Centrale. Donc aucun risque en Europe de vous faire « vampiriser ». Et tant que l’on est dans les morsures, brisons également le mythe de la morsure de chauve-souris qui transmet la rage. Si effectivement, une chauve-souris peut être exceptionnellement atteinte de la rage, elle ne viendra pas fondre sur vous pour vous mordre. En fait, elle sera apathique, voire semblera blessée. La morsure surviendra si vous essayez de la manipuler. C’est pourquoi les chauves-souris blessées/malades doivent toujours être manipulées avec des gants en cuir épais. Pour information, en France, il y a eu 40 cas recensés en 20 ans. Donc si vous ne les touchez pas, vous ne risquez rien.

Des animaux qui ne font pas de dégâts : Là encore, des idées reçues viennent entacher la réputation de nos sympathiques chiroptères, et surtout parce qu’on les confond avec des rongeurs qu’elles ne sont pas. Les chauves-souris ne font pas de trous dans les bois, isolants, fils électriques ou autres. Elles ne font pas de nid non plus. Enfin, elles n’agrandissent pas les trous pour pouvoir rentrer. Donc elles ne détruiront rien et n’apporteront rien non plus. Enfin, comme nous l’avons vu, elles ne pulluleront pas. Elles n’ont qu’un, rarement deux, petits par an et possèdent malheureusement une mortalité élevée.

Des animaux fascinants : Les chauves-souris, avec leur tête parfois étrange, sont des bijoux de « technologie ». Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’homme les a plusieurs fois imités. Bien sûr, l’écholocalisation est absolument remarquable et permet à la chauve-souris de localiser les obstacles et les proies dans le noir complet, via l’émission d’ultra-sons. De plus, son aile membraneuse est une complètement unique chez les mammifères et serait plus performante que celles des oiseaux.

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